|
Quand
on parle du Triangle d’Or on peut imaginer une production
américaine, type « The Departed » version asiatique. Mais,
en fait, quand nous parlions de notre projet, il suscitait
l’inquiétude, la curiosité voire le désintérêt parmi nos
proches ou nos amis !
Il s’avère en fait que cette région a été « pacifiée »,
c’est-à-dire que des accords ont été établis entre le
gouvernement et les différentes ethnies. Cette région est
donc ouverte aux touristes depuis quelques années. On nous
dit que la culture du pavot y est interdite et remplacée par
la culture du colza. Ceux qui le souhaitent pourront
approfondir cette question.
Nous
partons du magnifique aéroport international de Mandalay où
seulement quelques vols partent quotidiennement pour Kunming,
Rangoon etc… Un arrêt à Tachileik nous fait prendre
conscience que l’on n’est pas loin de la Chine quand on voit
monter les passagers dans l’avion : type chinois très
marqué, marchands, businessmen…
Arrivée à l’aéroport de Kengtung : petit aéroport en pleine
verdure, où nous attend notre petit « van » avec son
chauffeur et le guide qui nous servira d’interprète(car les
ethnies ne parlent pas le Birman, mais le Shan ou d’autres
langues) tout au long de cette escapade. Notre guide
francophone Mrs Win, venue de Rangoon, assurera liaison
entre nous et les autres membres de l’équipe. A peine
installés dans notre petit hôtel « PRINCESS » nous
partons prendre contact avec les PALAUNG . Traversée
de la ville d’environ 60.000 habitants, des « faubourgs » et
enfin cahin-caha, car la piste est défoncée, nous nous
approchons des collines entourant Kengtung. Paysages de
rizières que la brume de fin d’après-midi recouvre
progressivement, donnant à ces moments quelque chose
d’irréel. Quelques paysans , chaussés de bottes en
caoutchouc ! labourent leurs paddies avec l’aide de buffalos
. Puis surprise, au détour d’un chemin nous nous retrouvons
dans un village. Nous sommes transportés dans un autre
monde. Les hommes sont encore au travail dans les rizières.
Des femmes de tout âge et surtout une ribambelle d’enfants
nous accueillent souriant, autant curieux et surpris à notre
égard que nous le sommes vis-à-vis d’eux. Un grand moment :
voir la joie d’un groupe d’enfants qui sautent dans une
espèce de boue ou de purin en se lançant du haut de leur
maison de bambou construite sur pilotis.
Ceci
nous conduit à parler de l’habitat des Palaung : le « rez-de-
chaussée » est réservé aux animaux, surtout des cochons
noirs, tandis que l’étage est l’habitation principale d’une
famille où vivent plusieurs générations. Tout est très
sombre, mais le flash de nos appareils photos nous fait
découvrir un autel dédié à Bouddha au-dessus duquel trône
une horloge clinquante venant sans nul doute de Chine. C’est
maintenant le moment d’agir en vrais touristes que nous
sommes et de se laisser tenter-très facilement-par les
écharpes rayées, aux couleurs harmonieuses et originales,
qui n’ont rien à envier à ce que pourrait faire un Christian
Lacroix, que nous proposent les villageois. Vient alors le
moment de distribuer avec autant d’équité que possible des
bonbons aux enfants .Retour à Kengtung dans la brume
vespérale. Dîner au Banyan Tree, le must de Kengtung,
cuisine locale et accueil sympathique.
Le
lendemain, départ aux aurores après un déjeuner Shan. Nous
prenons la direction des villages où nous découvrons
plusieurs ethnies. D’abord, l’ethnie LA-HU. Village
accrochée aux collines. Accueil chaleureux du chef du
village qui nous offre le thé. Il est aussi « médecin des
plantes » et nous le retrouverons plus tard dans
l’après-midi partant à la recherche de plantes médicinales
dans la forêt .
Sa fille, souriante, vêtue du costume traditionnel aux
couleurs chatoyantes, portant son bébé dans le dos, se
laisse photographier, malgré une timidité bien naturelle.
Nous poursuivons notre promenade et découvrons un village
AHN, accueillis par des femmes rieuses et enjouées, portant
le costume traditionnel noir. Des boucles d’oreilles en
métal ont laissé les lobes de leurs oreilles percées d’un
trou très large ! C’est sur la « terrasse » d’une maison
traditionnelle qui surplombe un enchevêtrement de collines
que nous assistons à une aubade donnée par un vieil homme au
regard malicieux sur une guitare ancienne. Le temps semble
s’être arrêté . L’instant est magique. Promenade dans le
village très escarpé, toujours accompagnés de nos belles
villageoises. Nous découvrons émerveillés un système de
distribution des eaux utilisant des branches de bambous.
Nous
redescendons tranquillement vers la plaine, et nous prenons
notre déjeuner sur « une aire de pique-nique » à l’ombre des
bambous. Toute une ribambelle de femmes A-KHA, portant sur
la tête de magnifiques chapeaux colorés et agrémentés de
pièces de monnaie d’origine les plus diverses ou de
décorations métalliques viennent nous montrer les colliers,
ceintures qu’elles ont fabriqués. Photos riment avec
emplettes ! Puis, retour vers Kengtung. Petite promenade
autour du lac Naung Tong où l’on oublie presque que l’on est
en Birmanie. D’anciennes maisons coloniales datant de la
présence anglaise entourent ce lac ! Au détour d’une rue, un
groupe d’écoliers préparent Noël en entonnant des chants
Shan. Nous repartons au sommet d’une colline pour admirer le
point de vue de l’ancienne Maison du Gouverneur de Kengtung.
Dans la cour un petit garçon d’environ cinq ans s’applique à
recopier des lettres, de notre alphabet, les mêmes sur des
pages et des pages ! Pour le cours d’Anglais ! Pédagogie
bien classique !
Dîner
à l’incontournable « Banayan Tree », invités par Monsieur
Shwé,propriétaire de notre hôtel ! Le plat de vers de
Bambous sautés à la poêle ne ravit pas tous les invités,
loin de là. Mais certains sont plus respectueux que d’autres
des coutumes ! Heureusement , l’alcool de riz, excellent, et
le vin chinois « Great Wall » aident les convives à «
déguster » les mets locaux qui ne sont pas toujours de notre
goût.
Le lendemain matin aux aurores, après un passage obligé
auprès des autorités locales pour signaler notre départ et
indiquer notre destination qui dure une bonne
demi-heure-nous prenons la route en direction de MAILA.
Route en lacets magnifique au milieu de collines
verdoyantes, où parait-il, il y a quelques années on pouvait
rencontrer des tigres. Encore un arrêt après plus d’une
heure de route à un poste de contrôle où nous devons
signaler notre passage. Puis nous commençons notre trekking
pour atteindre à 1400 mètres le Monastère de Wang Sen qui
date de 168O. Le temps semble s’être arrêté : tout est
calme, l’air d’une pureté magique, l’instant est presque
solennel. Nous visitons les différents bâtiments du
monastère avec une certaine émotion et peut-être même un
certain recueillement. Chaque bâtiment recèle des trésors :
ici des poutres datant de plusieurs siècles, la une chaise
de cérémonie, plus loin la cuisine où un très jeune moine
surveille le feu, la porte de cette cuisine révèle des
sculptures représentant Bouddha. Dans la pagode , un Bouddha
en or datant du 16ème siècle nous invite à faire une
donation et une prière, ce que font nos amis birmans . Le
moine supérieur vient dire les prières, on fait retentir le
gong. Tout ceci nous impose, à nous chrétiens beaucoup de
respect.
Après
un déjeuner pris près d’une école dont nous avons emprunté
des bancs et des tables, encore un moment de paix, de
silence…on se sent à mille et mille lieues de toute
civilisation, comme le disait « le Petit Prince » de ST
Exupéry, nous reprenons la route en direction de l’ethnie «
LWÉ ». Puis nous quittons les collines et descendons vers «
la civilisation » ! En chemin nous rencontrons un homme au
pas rapide portant sur les épaules un panier contenant une
énorme charge. C’est très impressionnant. Plus bas nous
croisons des jeunes filles toutes souriantes vêtues de
jolies jupes d’un bleu indigo. Nous apprenons qu’elles
viennent de passer quelques jours à travailler dans les
champs. Elles retournent vers leur village, des paniers bien
remplis qu’elles portent aussi sur le dos .
Retour
dans la vallée. De jolis paysages de collines qui se
couvrent de brume. Le soleil disparaît lentement. C’est
magique. On croirait voir des estampes chinoises. Arrêt dans
un petit dispensaire où l’infirmière vaccine les enfants du
village contre la poliomyélite qui fait encore beaucoup de
ravage.
La dernière matinée sera consacrée au marché de Kengtung,
très bien achalandé, plein de couleurs, de gaîté et
d’animation. Nous voyons une femme qui en cognant de
morceaux de bambous fait sortir des quantité de vers que
certains d’entre nous on dégusté l’avant-veille !
Apres de belles emplettes et un bon café Shan nous
nous rendons en TUK TUK local vers le Bouddha debout
surplombant la ville. Apres nous continuons vers WAT IN
très beau temple du 16eme siècle aux magnifiques
Bouddhas et son monastère. Nous tombons sous de charme et
laissons place a la contemplation et a une grande séance
photos ( une de plus ....) car la lumière en cette fin de
matinée est parfaite.
Ce fut un voyage riche en couleurs, en contacts humains…une
autre Birmanie pour nous qui ne connaissions que les villes.
Merci à May Thu d’avoir organisé ce voyage avec beaucoup de
soin, de professionnalisme. Merci à U Philippe d’avoir
animer ces quelque jours avec autant de gaîté !
Récit de Elisabeth
|